PEINTRECatherine Pugeat

“C’est dans l’inachevé qu’on laisse la vie s’installer”. Vladimir Jankélévitch

Après avoir traversé la douleur de la perte de l’être aimé, après avoir ressenti profondément combien le mouvement de la vie est précieux, fragile, mais aussi inexorable, Catherine Pugeat a choisi de ne plus souffrir, d’agir pour ne pas subir, elle a choisi d’avancer malgré ce qu’elle a perdu, elle à choisi de faire confiance à la Vie.

Catherine choisit de peindre (sans doute serait-il plus juste de dire que la peinture l’a choisie ?) pour être en mouvement, pour être dans la Vie, si ce n’est pour rester en Vie. Sans vraiment savoir pourquoi elle se sentait bien. Il lui aura fallu une longue pratique, une longue expérience, pour qu’enfin elle en saisisse le sens. Elle finit par « prendre avec elle », par comprendre que l’acte de peindre lui permettait de faire silence. Et, dans ce silence intérieur elle pouvait sentir, écouter le mouvement de la Vie.

La souffrance, le chagrin, la nostalgie du passé, la crainte de l’avenir ne venaient plus troubler son présent. Il n’y avait plus que les couleurs, la matière, la toile, la forme, l’énergie, le geste. Elle se sentait apaisée. Avec tous ses sens sollicités, elle pouvait alors peindre le mouvement vital. Peindre ce mouvement est devenu sa mission d’artiste. L’acte de peindre serait-il un lieu de rencontre avec le mouvement vital ? Le mouvement ne pourrait-il être perçu que dans un silence intérieur ? Le rendre visible peut-il nous réparer ?

Catherine Pugeat ressent l’urgence d’arracher la Vie au néant, de la faire jaillir du silence dans lequel nous la tenons. C’est dans une explosion d’énergie, de couleurs, de lumière, de contrastes forts, qu’elle la questionne, qu’elle la décortique, qu’elle l’explore dans ses palpitations, ses ondulations, ses battements, ses vibrations, ses pulsations. Et pour se faire, elle crée un choc visuel, pour la regarder, la sentir, jusqu’à la confondre avec son propre silence.

À partir de ce constat, de ce questionnement, elle a tourné sa pratique artistique vers l’abstraction, après avoir eu une période où la représentation du mouvement passait par du figuratif, avec des corps dansant, souffrant, bougeant. Catherine s’inscrit aujourd’hui dans un expressionnisme abstrait dans lequel l’« action painting » et le « colorfield painting » se rencontrent, se mélangent, avec une part d’imprévu, de hasard, comme dans tout acte de création : les couleurs vives, les associations « osées », la gestuelle, sont son identité plastique, sa signature.

Catherine utilise surtout des grands formats, 80 x 80, 100 x 100 cm, 110 x 90 cm, souvent les formes carrées qui symbolisent la stabilité, la terre, la matière, le concret. Elle travaille aussi sur des petits formats, elle crée des triptyques et des diptyques mais c’est surtout sur des grandes surfaces que sa créativité et sa gestuelle s’expriment le mieux. Catherine utilise aussi des formats rectangulaires qui lui conviennent de plus en plus.

Pour inscrire le mouvement sur la toile, elle utilise de grands couteaux, des brosses, des chiffons, parfois ses doigts, outils qui lui permettent de délier au maximum son geste, puis d’affirmer ses touches dans la recherche d’un équilibre esthétique, parfois d’un déséquilibre, puis elle choisit les surfaces, les formes, les lignes, elle les organise, elle choisit les couleurs, les effets de matière.

Toutes ces actions traduisent et expriment les intentions, les idées pré-existantes à la toile (le mouvement vital des êtres, la lumière, les cellules vivantes, la nature, la danse, la matière…) ou les non-intentions. Sa gestuelle finale est libre, spontanée, affirmée, elle étale la vie-matière avec le même plaisir, la même sensualité, que l’enfant qui malaxe le sable…

La peinture à l’huile est son médium de prédilection ; son onctuosité, sa souplesse, sa sensualité la séduisent totalement. Elle la mélange peu. Elle l’étale avec épaisseur, elle fait aussi des collages de matière (pâte à papier, sable, carton, tissu, restes de peinture à l’huile, peinture acrylique…) pour amplifier l’épaisseur pour créer des « accidents » sur la toile.

Sa palette se nourrit de couleurs vives, assez peu mélangées. Catherine se sent une âme de « coloriste » qui révèle le mouvement vital.