PEINTRE Chris Jano

Peindre comme on prend la route

Pour Chris Jano, peindre c’est partager. Normal pour ce « jeune » artiste qui fut dans une autre vie conseiller en immobilier de placement. Une profession dont il a gardé le plaisir de l’échange avec l’autre. C’est encore cette idée de partage qui le sensibilisa enfant à la pratique de la peinture lorsque son grand père artiste peintre l’emmenait sur les routes au volant de sa 2cv break, le chevalet dans le coffre. Des moments de complicité artistique forts qui l’amenèrent, une fois à la retraite, à devenir lui aussi artiste-peintre.

C’est donc en 2018 qu’il entreprit à son tour de prendre la route, celle de l’art. Et parce qu’il avait à coeur de laisser le volant à son futur public, il préféra l’abstraction à l’art figuratif. C’est en effet parce qu’il est à ses yeux la forme picturale la plus à même de laisser au regardeur la possibilité de faire ses propres interprétations, ses propres voyages en somme que Chris Jano privilégie depuis ses premières oeuvres la liberté que représente pour lui l’art abstrait. Dans son atelier situé à deux pas de la plage de Landrezac, dans le Morbihan, en Bretagne, il peint donc comme ces navigateurs qui traçaient autrefois sur leur carte de nouvelles voies navigables. Sur des toiles de 80 cm de côtés, toujours le même format qui peut devenir diptyque ou triptyque, il s’ouvre des chemins sur lesquels il emmène les amateurs d’aventure et de complicité.

Armé de spalters, ces larges pinceaux plats qu’il affectionne particulièrement, il parcourt la toile en creusant dans la peinture des sillons qui sont autant d’invitations à des déambulations qui peuvent être ballades sereines ou courses frénétiques et désordonnées. Que l’on considère la régularité tranquille de 3Black5 ou le rythme effréné que produit l’intermittence des couleurs sur Blorangé 2, la matière picturale se fait tour à tour caresse ou coups vifs, traces d’une flânerie ou d’une lutte intense.

Mais c’est surtout la couleur qui passionne Chris Jano. La couleur comme une matière qu’il sculpte et qu’il modèle afin que la lumière en révèle toutes les richesses. A l’instar de Pierre Soulages, il donne à voir les variations colorées et de texture que peut avoir une seule et même teinte. Un noir n’est alors jamais invariablement noir. Avec le concours de la lumière, il peut également être une multitude de gris jusqu’au blanc. Il peut aussi se montrer doux, rêche, calme ou chahuté, révélant ainsi les humeurs de l’artiste et offrant au regardeur autant de pistes à explorer, autant de chemins vers les méandres de son âme.

Cette couleur, c’est donc tout naturellement qu’elle désigne chaque toile. Titre et sujet, véritablement matière première et ultime de chacune de ses oeuvres, elle est pour l’artiste un medium qui rend visible l’invisible, soit ce qui se cache en chacun de nous et qui, au-delà des mots et de la conscience est commun à tous les hommes. C’est cette émotion que cherche à donner à voir l’artiste. C’est cet indicible qu’il travaille avec la lumière qui semble toute heureuse d’explorer et de jouer avec de nouveaux territoires. Ceux qu’il modèle, creuse et parcourt avec ses brosses, et sur lesquels il nous invite à le rejoindre pour des moments de partage picturaux et intimes.

Si pour Henri Matisse, un tableau devait être comme un bon fauteuil confortable, il est à coup sûr pour Chris Jano le siège accueillant d’une 2cv éternelle à bord de laquelle l’artiste nous embarque pour une virée en nous-mêmes. Tranquille ou sportive, la course, conduite par les brosses du peintre nous révélera alors nos mouvements intérieurs dans une ballade picturale sans début ni fin.

Alors en route !

Biographie de Chris Jano par Bertrand Naivin : Critique d’Art, théoricien de l’art et des médias, enseignant, conférencier et écrivain.